Régulièrement, mes collègues se réunissent pour des moments conviviaux au cours de la semaine. Depuis quelques temps, je réfléchis à une expérience qui permettrait de développer certaines de leurs compétences tout en leur faisant passer un moment agréable. Je dois reconnaitre que je rechigne à faire appel à des prestataires, même si je suis beaucoup sollicitée par des professionnels très compétents. Je préfère faire du home-made pour mes collègues : ça leur ressemble et ça me ressemble davantage. J’apprécie énormément d’apprendre à les connaitre au fur et à mesure et de leur proposer des choses qui changent.

1. Un midi à thème !

Forte de mon expérience dans le milieu de l’art, j’ai eu envie de créer, le temps d’un midi, un espace scénographié comme une exposition, et dans lequel il y aurait plusieurs ateliers visant à favoriser leur créativité. En effet, cette compétence est un muscle qu’il faut stimuler.

N’ayant pas encore aménagé le rez-de-chaussé de nos bureaux, c’est à cet endroit là que j’ai créé un espace découpé en six parties :
– Un espace lecture – des romans courts et axés sur l’imaginaire
– Une zone audio pour écouter le CD Hemi-sync creativity (stimule les hémisphères du cerveau afin de développer certaines capacités endormies).
Ma mère m’a offert le CD Hemi-sync concentration quand j’ai passé le bac, je l’ai écouté une fois par jour pendant un mois. Je ne sais pas si c’est grâce à cela que j’ai obtenu mon bac, mais en tous cas ma mère en est persuadée !
– Un lieu de projection de « Der Lauf, der dingue« , une oeuvre complètement dingue de Peter Fischli et David Weiss qu’il faut absolument voir lorsque l’on parle de créativité. Ce film est une allégorie de l’évolution par le laisser-aller du cours des choses.
– Un espace coloriage – pour se détendre et laisser vagabonder ses pensées au fil des couleurs
– Un espace origami – pour que les mains actives libèrent l’esprit
– Un cinéma muet projetant « la linea« , le personnage attachant de Osvaldo Cavandoli la création en temps réél de l’histoire du personnage donne ses lettres de noblesse à l’improvisation.
– Un espace modelage avec de l’argile colorée – créer du concret pour libérer l’esprit créatif

L’idée était de pouvoir aller dans le ou les ateliers de son choix pendant trente minutes et d’expérimenter l’atelier le plus agréable pour chacun. J’ai cherché une idée pour tous les goûts afin que la plus petite des envies de créer puisse trouver son exutoire.

 

2. La créativité stimulée par l’effet de groupe

A ma grande surprise, seuls deux ateliers ont attiré mes collègues : le dessin et l’argile.

Au début je suis restée sur ma faim de ne pas être parvenue à les attirer sur les autres ateliers, mais j’ai réalisé au bout de quelques minutes qu’être ensemble leur plaisait davantage. Et le principal, c’était qu’ils se sentent bien. En plus, ils ont préféré les ateliers d’action à ceux de la contemplation passive, c’est top. Comme le dit Matisse « Être créatif demande du courage », et leur timidité devant l’atelier les premières minutes s’est vite envolée lorsqu’ils s’y sont tous progressivement assis et que les premiers se sont lancés. Il est difficile de laisser parler son imagination, ça laisse entrevoir quelque chose de très personnel à l’intérieur de soi. Se jeter dans l’action tous ensemble leur à donné le courage. Mes collègues m’ont demandé des modèles ou des idées pour créer. J’avais préféré ne rien proposer de la sorte, et je pense que j’ai bien fait. Le modèle bride l’imaginaire.

Deux de mes collègues m’ont fait remarquer que mes ateliers faisaient penser à des ateliers pour enfant. Mais ce qui est drôle c’est que les enfants s’y précipitent tête baissée, et créent sans aucun garde-fou mental. Eux, n’étant plus habitués, ont eu plus de difficultés à entrer dans l’atelier. Dessiner ou créer n’est pas une activité pour enfants, c’est tout simplement que les adultes ne sont généralement plus habitués à laisser parler leur créativité. Et par voie de conséquence celle-ci s’atrophie et la confiance se perd.
J’ai compris qu’il faudrait plusieurs ateliers de ce genre pour en voir les effets, mais je préfère leur demander avant leur avis lors de notre réunion de triage moduloTech.

Au bout de quelques minutes sont apparus un éléphant à roulettes, un Pikachu sous cocaïne, des oiseaux plus ou moins victimes de poliomyélite, un mouton avec une cape, une raquette de ping-pong, et … une potence ?
Nous avons beaucoup rit, et j’ai hâte d’avoir leur feed back.

3. Un projet qui n’attire pas tous les profils

Ces derniers temps lorsque j’ai été interviewée ou que je suis intervenue dans des meet-up, on m’a souvent posé la question : « si certaines personnes n’ont pas envie de participer, vous leur imposez l’activité ? »

ben non, quelle question. Cela n’arrive quasiment jamais que tous mes collègues soient présents à un évènement. Généralement ils sont entre un tiers et deux tiers à venir en profiter.

Pourquoi ? Déjà, ils ont beaucoup de travail et ils peuvent préférer avancer sur leur projet plutôt que de se détendre, et c’est tout à leur honneur.
Parfois, il préfèrent aussi, et je le comprends mille fois, partir plus tôt retrouver leur famille ou leurs amis, quitte à manquer un moment convivial entre collègues.
Enfin, tout ne peut pas plaire à tout le monde ! Un midi sur la créativité ça peut ne pas parler à certaines personnalités ! A moi, on me proposerait un midi football américain ou dégustation de burger, je passerais mon tour.
Et clairement, si personne n’avait envie de participer à un évènement, cela ne serait pas un drame, j’aurais juste tapé à côté. Cela me servirait à me remettre en question, mon métier c’est de me creuser la tête pour trouver des idées qui leur plairont.
Je remercie mes collègues de leur confiance et de m’avoir aidée pour la logistique, c’est un bonheur de pouvoir toujours compter sur eux.
C’est ça la modulocracy 🙂


Mise à jour le 19 avril 2018 :

Hier a eu lieu le deuxième midi de la créativité, et le changement est déjà extraordinaire ! Cette fois-ci, mes collègues qui avaient participé au premier atelier se sont assis spontanément à la table de création et se sont jetés à l’eau sans que je les oriente. La qualité de la création elle aussi a fait un bond énorme. J’étais heureuse et stupéfaite de voir à quel point les premières hésitations avaient vite disparu pour laisser seulement place au plaisir.

Je n’ai pas eu plus de monde que la dernière fois, cela confirme bien mon impression du premier atelier : Tous les profils ne sont pas attirés par cette activité. Mais ceux qui sont entrés dans la danse y trouvent la détente que je souhaitais leur offrir. Je suis RA-VIE.

Contrairement au premier atelier, j’ai axé la créativité sur la production et non sur la contemplation. Il n’y avait plus ni vidéo, ni livres, ni écoute passive visant à stimuler la créativité, seulement du matériel tel que feutres, peinture, pâte fimo, argile,… plus libérateurs.

J’ai hâte de lancer le 3ème midi a thème sur la « créativité en cuisine » !
En bonus, voici le premier Pikachu sous cocaïne du mois dernier, puis le Pikachu après son séjour en désintox produit hier par le même collègue !


On se marre bien quand même…

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