Je parcourais récemment les offres d’emploi afin d’inspirer ma plume pour nos propres annonces. Au fil de mes recherches, j’ai dérivé vers les offres publiées par les entreprises pour qui j’aurais littéralement donné un poumon en échange du moindre poste, du moins jusqu’à il y a peu.

Avant d’intégrer moduloTech, j’ai vécu une période de chômage assez longue. Comme je l’ai révélé dans un précédent article, je suis issue du milieu de l’art, et mes yeux étaient tournés vers les plus grands musées, les meilleures biennales d’art, les galeries célèbres, les Art Fair mondialement connues. J’aurais fait n’importe quoi pour intégrer l’une de ces structures. Je suis littéralement passionnée par ce milieu. Et pourtant, chaque fois que j’ai occupé un poste dans mon domaine de prédilection (et de très bon postes), je n’ai pas aimé l’expérience, au point de toujours finir par claquer la porte.

Ces quelques mois de recherche infructueuse m’ont donné le temps de réfléchir à ces questions :
Pourquoi ai-je du mal à décrocher un travail dans le domaine de l’art ? Pourquoi mon profil ne correspond jamais exactement ? Pourquoi chaque fois que j’ai travaillé dans le milieu de l’art j’ai vite déchanté ? Pourquoi étais-je déprimée ? Pourquoi ai-je toujours fini par démissionner ? Pourquoi, même dans des structures extraordinaires, je n’étais pas fière de mon boulot ? Pourquoi je n’arrivais pas à me lever le matin, même à l’idée de bosser avec les artistes, de vivre le délicieux trac d’un vernissage ou d’un évènement ?
Pourquoi étais-je malheureuse au travail ? 

La recette du cocktail pour être malheureux au travail.
C’est cadeau.

 

Tout dabord, malgré les compétences qui avaient fait qu’on m’avait choisie moi et pas un autre candidat, on m’avait embauchée pour recevoir des ordres et les exécuter sans réfléchir. Super épanouissant. Mettez moi sur la chaine de production pendant que vous y êtes.
C’est un peu dommage de passer trois entretiens à vendre sa pro-activité, son sens de l’initiative, sa créativité,… pour finir assise derrière un bureau à bien faire tout comme on vous a dit de faire.
Forcément, au bout de quelques mois, j’ai fini par râler pour qu’on m’accorde des responsabilités.
Pour calmer mes ardeurs, on m’a mise en binôme avec une collègue complètement hystérique de stress qui a passé un mois à me hurler dessus, au point que lorsqu’elle débarquait dans le bureau, j’avais l’impression qu’on me versait un seau d’eau glacé dans le dos, tant je la craignais. Un bonheur.
Et elle n’était pas la seule à piquer des crises de nerf au milieu de l’open space, les éclats de voix et les insultes étaient légion. On se serait crus dans un asile psychiatrique.
Enfin, à la fin d’une période de six mois de préparation intensive d’un évènement, des soirées et des week-end à bosser gracieusement, des remontrances essuyées avec calme sur le terrain, notre grand chef, devant la presse et les élus, n’a pas eu un mot de remerciement pour les équipes qui se sont saignées pour lui. Pas un seul « merci », « bon boulot les gars », « c’est grâce à vous ». Rien. Si je partage les fleurs, il ne m’en restera plus.
Ne pas être valorisé, ça rend malheureux.

La deuxième raison, c’est le manque de confiance. J’ai vécu dans un bureau en open-space dans lequel tout le monde épiait l’heure d’arrivée et de départ de chacun, ainsi que les écrans d’ordinateurs pour voir si on bossait bien. Aux pauses clopes, ça tapait sur le dos des collègues à coup de « Tu as vu, elle est partie à 17h hier, elle ne fout vraiment rien », ou alors « Il dit qu’il est resté jusqu’à 22h au bureau, mais c’est pas vrai, MOI j’y étais »…
Suis-je la seule à trouver cette compétition ridicule ? 
Tu arrives à 9h pile (pas avant parce-que personne n’est là pour admirer le courage dont tu as fait preuve en te levant aux aurores, pas après parce-que sinon on va dire que tu ne fous rien), tu repars à 18h, quitte à laisser ton projet en plan, ou a patienter sur ta chaise parce-qu’il reste 23 minutes avant que 18h ne sonnent ? Ou pire, tu prends bien ton temps toute la journée, tu fais plein de pauses, tu traînes sur un dossier, afin de rester plus tard le soir et que tes collègues te voient rester tard au bureau ?
C’est quoi ces conneries ?
On ne prend pas en compte l’efficacité (pourtant une qualité recherchée par les recruteurs)? Le temps que nous prend un projet ? Ne pouvons-nous pas être considérés comme des adultes en qui on peut avoir confiance ? N’ai-je pas été embauchée pour remplir des missions, plutôt que d’occuper une chaise à heures fixes ?
Le manque de confiance ça rend malheureux.

Les boulots que j’ai obtenus dans le milieu de l’art étaient vraiment des boulots dont j’avais rêvé. J’étais folle de bonheur de commencer, et je suis arrivée à chaque fois débordante d’idées et d’énergie. Mais quasi-systématiquement, ce sont mes dirigeants (N+2, N+3, grand chef, gourou absolu, divinité super + +) qui ont réutilisé leurs vieilles recettes, ont imposé leurs idées, parlé plus fort, et muselé les nouveaux arrivants. Tout ce que je proposais était immédiatement et vertement refusé, et j’ai fini par cesser d’intervenir. A force, la petite flamme s’éteint. Après sept années d’études supérieures, plusieurs expériences dans le milieu professionnel, on m’a collée un mois à la réservation des billets de train et des billets d’avion. Et en plus, je faisais des conneries dans les réservations. Jamais de ma vie je ne me suis sentie plus incompétente.
La censure de la créativité, de la bonne volonté et des idées, ça rend malheureux.

Ces trois ingrédients sont déjà redoutables. Mais ils entrainent une quatrième conséquence : l’isolement. On se sent mal au bureau, on a pas envie d’y passer plus de temps que nécessaire, on craint ce que les autres disent quand on a le dos tourné, et la peur de nouveaux éclats nous font éviter l’open space. Et quand on a quelques collègues avec qui on se sent bien, un moment avec eux fait l’effet d’une bouffée d’oxygène dans la journée.
De mauvaises relations occasionnent une mauvaise communication dans les équipes. Personne n’ose se parler, se demander les choses, ce qui engendre du ressentiment, de l’aigreur, et occasionne de mauvaises réactions. Tout cela est source de mauvaise ambiance dans un bureau.
En plus, les changements de plans ou de stratégies ne sont communiqués qu’entre les personnes qui s’entendent (ou qui décident) et vous êtes généralement scotchés lorsque vous réalisez toutes les décisions qui impactent votre travail et qui sont prises sans que vous le sachiez. Vous passez du temps sur des projets qui n’existent plus, ou vous consacrez une journée sur une installation qu’on vous demande de défaire le soir même. Il y a de quoi devenir dingue, mais ça aussi vous devez l’accepter sans rien dire.
Une mauvaise intégration et une mauvaise communication dans ses équipes, ça rend malheureux.

Ces mauvaises conditions engendrent du stress. Si en plus vous avez du travail par dessus la tête, des échéances à respecter, et qu’on risque d’avoir des propos agressifs à votre égard, vous n’échappez pas au stress.
Lors d’une de mes expériences, j’ai déclenché des douleurs au ventre extrêmement violentes. J’ai passé quelques demies-journées à l’hôpital tant les douleurs étaient fortes, mais aucun médecin ne parvenait à me dire ce que j’avais. « Vous n’avez rien mademoiselle, vos examens sont normaux ». Et pourtant je tenais difficilement debout tant je souffrais.
Puis j’ai démissionné.
Et les douleurs ont disparu définitivement.
Pourquoi ? Parce-que quand vous faites souffrir votre moral, et que vous n’écoutez pas la petite voix dans votre tête qui vous dit que ça ne va pas, alors elle fait tout pour être entendue. Et parfois, elle s’attaque à la seule chose que vous ne pouvez pas ignorer : la douleur physique.
Autre exemple, j’ai travaillé pour un boss qui me payait quand il se souvenait qu’il devait nous payer. Parfois nous sommes restés deux semaines à attendre un salaire, et lorsque nous avions le malheur de lui demander de bien vouloir y penser, nous avions droit à ce type de réponse « Mais attendez, je vous ai donné 100 euros il y a deux semaines, vous en avez fait quoi ? », ou « Rolala, ça va les gars vous savez que je vais vous payer, là je n’ai pas le temps ». Et nous on se faisait des noeuds au ventre parce-que le loyer, c’est en début de mois qu’il faut le payer.
Notre santé physique et morale est une priorité absolue.

La voilà la recette. Secouez, dégustez.

Le malheur au travail, ça fait quoi ?

Ca fait CULPABILISER.

On se demande si on est capable d’avoir une vie professionnelle, si on est capable d’accomplir la moindre tâche, si on est incompétent, ou si il y a une place pour nous dans ce monde. Forcément si ça ne va pas c’est de notre faute, et notre société dans laquelle chacun fait une belle vitrine de sa vie sur les réseaux sociaux, les blogs, ou la publicité, ne vous aide pas à penser le contraire.

Et vous entendez votre entourage vous dire : « Mais, tu ne vas pas démissionner quand même ! Tu as un boulot génial, tu as un poste dont tout le monde rêve, il y a quinze personnes à la porte qui pleurent pour prendre ta place, tu vas te retrouver sans revenus, ça ne sera pas mieux ailleurs, aucun travail n’est une partie de plaisir, il y a toujours des côtés embêtants,… »
Heureusement, moi j’ai des parents qui m’ont encouragée à trouver le bonheur ailleurs.

Oui, ça demande encore plus de courage parfois de partir, plutôt que de rester, et on s’habitue assez bien à se sentir mal. Peu à peu on est convaincus : oui, ce sera partout comme ça. Partout on va me donner des tâches qui ne me correspondent pas, on va décider pour moi, me donner des ordres que je trouve incohérents, m’insécuriser avec du stress et des changements qui tombent du ciel sans crier gare, faire mourir en moi l’envie de m’améliorer, être irrespectueux à mon égard, me museler, me demander de rentrer dans le rang,…

C’est faux. Le bonheur au travail est possible, et je vais vous le prouver.

La suite, dans Chief Happiness Officer, la maladie du bonheur #2

 

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