La mise en place de la modulocracy a été bien facile. Pourtant, j’étais prévenue qu’il était difficile de passer au management opale, et malgré cela j’ai surfé sur la vague. Pas une seule seconde j’ai pu imaginer que le système puisse nous exploser au visage. Pourtant c’est bien ce qui a faillit se produire.

Presque. Mais c’est sans compter sur les personnalités que nous avons chez nous.

1. Modulocracy – un petit goût d’inachevé

Le 11 décembre, j’organise une piqûre de rappel modulocracy afin de discuter ensemble des pratiques que nous avons instaurées depuis maintenant un mois et demi. J’ai rencontré tous mes collègues en tête à tête pour recueillir leurs avis, leurs suggestions, et répondre à leurs questions. Au cours de ces entretiens, les avis étaient positifs et chacun a pu me faire part de son vécu. Pour certains ça a été dur à mettre en place puis une évidence, pour d’autres ça a été un tremplin, pour d’autres encore le gain de temps et d’efficacité est important,… A la sortie de ces entretiens j’étais déstabilisée (vraiment, personne n’a rien de négatif à me dire ?), mais plutôt contente de constater la réussite de notre projet. Notre boite se divise en deux gros cercles, les deux fonctionnent de façon complètement différente mais semblent avoir trouvé leur rythme de croisière. Chez powerpanne (le cercle affilié à Julien), les idées fusent, les échanges sont vifs, ça bouillonne en réunion et petit à petit chacun trouve sa place et sa légitimité dans les prises de décision. Chez modulHome (le cercle affilié à Rémi), tout le monde est très discipliné et respecte scrupuleusement le process de la modulocracy.

J’utilisais la métaphore du train pour mesurer leur degré d’appartenance et de motivation dans leurs projets respectifs et leurs réponses étaient que quelques-uns se sentaient dans la locomotive, beaucoup dans le wagon derrière la locomotive, deux ou trois au bout du train, et aucun sur le quai.
Ouf.
Mais que vais-je donc bien pouvoir leur proposer le 11 ? Je sens bien que le système n’a pas atteint ses objectifs, mais je ne parviens pas a trouver quoi. Ce doit être encore mieux : toucher le ciel, provoquer des frissons au creux du ventre, donner la chair de poule, faire vibrer, offrir de grandes victoires après de longs combats,… C’est ça que nous leur avons promis. Pourquoi ai-je l’impression d’avoir face à moi un tableau aux couleurs passées ?
Je me rassure en me rappelant ce que Julien me dit souvent : les résultats viendront, le temps fera son office. Nous n’avons instauré la modulocracy que depuis un mois et demi, et déjà je vois la communication s’intensifier, les projets accélérer, les personnalités éclore, les responsabilités s’accumuler sur ces jeunes actifs. Je vois aussi leur envie de porter le projet de moduloTech. Les effets sont indéniables, mais ce système fait tellement de promesses qu’il doit encore honorer…

2. Modulocracy : Les premiers doutes

J’avais réservé mes derniers créneaux à Rémi et Julien, les fondateurs de moduloTech, pour leur retranscrire les avis de nos collègues, et j’ai donc retrouvé Rémi pour discuter modulocracy. J’aurais du me douter de ce qui allait se produire lorsqu’il m’a proposé de nous voir une heure au lieu d’une demie heure.
Lorsqu’il m’a demandé ce que je pensais du fonctionnement des cercles dont il est membre, je lui ai dit qu’au début je ne retrouvais pas la modulocracy, mais que certains des cercles prenaient leur envol et que les bon résultats étaient progressifs (c’est dans l’un des cercles de Rémi qu’officie le redoutable poussin-tigre). Je lui ai aussi fait savoir que les membres de ses cercles étaient satisfaits des résultats, que certains se sentaient moteurs, et d’autres davantage suiveurs.
Rémi a eu l’air très étonné, et à ma grande surprise, il m’a déclaré que pour lui la modulocracy ne fonctionnait pas.

Moment de stupeur.

J’avais envie que mes collègues questionnent le système, cherchent à l’améliorer, à le tester. Certains l’ont fait en entretien, j’ai adoré qu’ils me donnent leurs avis et qu’ils aient envie d’encore plus. Leurs avis sur la modulocracy étaient tout de même restés très positifs !

Mais bizarrement cela m’a presque soulagée que quelqu’un me dise enfin que le système doit être adapté et amélioré de façon si directe, d’autant plus que j’ai longtemps eu l’impression que je ne parviendrai pas à convaincre Rémi d’utiliser la modulocracy. Je me rend compte ô combien je me suis trompée en imaginant cela.

S’en est suivi une longue discussion, où Rémi et moi avons eu à décider si la modulocracy pouvait s’adapter à son mode de fonctionnement. En effet, les clients de modulhome donnent des cahiers des charges très précis que Rémi restranscrit aux équipes, et notre agilité nous force à faire évoluer le projet de façon quotidienne. Le projet du poussin-tigre fonctionne car il ne dépend pas d’un cahier des charges. Ce jour là nous ne sommes pas parvenus à trouver une réponse à nos questions, et nous nous sommes quittés un peu déçus, mais toujours désireux d’appliquer la modulocracy dans ces cercles. Premier défi. Tant mieux, ça manquait un peu d’action par ici…

3. Modulocracy – pas sans toi

Dès le lendemain, l’un des cercles auquel appartient Rémi s’est retrouvé en réunion de gouvernance. Rémi à proposé de créer des sous-cercles dans son cercle, et nous avons passé une demie heure (au grand désespoir de notre scribe) à créer trois sous-cercles et leurs rôles.
Puis nous nous sommes rendu-compte que tous les sous-cercles étaient une duplication du grand cercle, que ce changement était inutile et nous avons supprimé notre travail au bout de 30 minutes. Les membres du cercles étaient assez passifs, disaient gentiment « oui » à ce que proposait Rémi, et respectaient avec application les étapes de la réunion.
La réalité m’a mis une claque : Rémi avait raison, ce modèle ne s’adaptait pas à leurs sujets.
Alors, au moment du tour de clôture, avec Rémi nous leur avons demandé de nous dire ce qu’ils pensaient vraiment. Chaque fois nous avons droit à « cette réunion est efficace », « c’était bien », « c’était clair ».
Oui, mais est-ce que ça vous change vraiment la vie ?
Nous les avons poussé à nous donner leur avis, à réfléchir à ce qu’il venait de se passer, à remettre en question la modulocracy.

ET LA…

Enfin ils nous ont dit : les réunions de triage ne sont pas indiquées dans leur cas. Notre système agile nécessite des prises de décisions et des choix techniques au quotidien. Les réunions de triage leur apporte une plus grande visibilité sur le projet mais c’est tout. Il vaudrait mieux aborder d’autres sujets que l’opérationnel pure dans leurs réunions, et celles-ci doivent être bien plus régulières !
Enfin des mots sur cette situation. Enfin des perches pour améliorer la modulocracy.

4. Modulocracy – et maintenant qu’est-ce qu’on fait ?

 

C’est maintenant que le travail commence. De toute évidence, les réunions de triage des ces cercles ne doivent s’étendre à d’autres sujets : permettre à mes collègues de prendre les rennes de leur rôle. Nous devons donc les pousser à réfléchir sur ce qui peut améliorer leurs conditions de travail pour chaque projet, et sur ce qui pourrait nous permettre d’honorer l’un des préceptes de notre charte « Under promise – Over deliver ». A la fin de cette réunion, les moteurs de l’équipe étaient décidés à lancer plusieurs initiatives et je sens que cette nouvelle démarche peut fonctionner si tout le monde garde le cap. A moi de tenir la barre et de leur abandonner progressivement.
C’est drôle de se dire que nous devons les pousser du nid où ils se sentent bien au chaud pour prendre leur envol.
Rémi leur a répété hier : Il n’est pas la seule locomotive des projets, il ne leur dit jamais « non » lorsqu’ils viennent avec une idée nouvelle, il n’est pas LE décisionnaire absolu.
Comment se débarrasser de ce que des siècles de management orange ont imprimé dans le code génétique de nos collègues ? On laisse la porte de la cage ouverte, et il restent à l’intérieur et se persuadant qu’ils n’ont pas le droit de sortir. Certains de mes collègues n’arrivent pas à se défaire de l’idée que tout doit être initié par « leurs boss ». Mais dehors c’est trop beau, et nous allons les y conduire petit à petit.

Pour les membres des cercles qui ont un caractère de suiveur (il en faut ! il ne peut pas y avoir que des leaders dans une équipe), je vais les accompagner, les pousser à sortir de leur zone de confort pour encore plus de confort pour être les vrais acteurs de leur projet et de leur entreprise. La pro-activité est un muscle, si on ne l’utilise pas il s’atrophie.

Notre énergie est à la hauteur du challenge, et j’ai déjà envie d’en découdre.

Nous avons lancé l’estocade, les résultats sont déjà visibles un mois après cet évènement.
La suite au prochain épisode…

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