C’est un 31 juillet, à l’heure où les parisiens livides se tassent dans leur voiture avec leurs valises, et s’apprêtent à coloniser tout ce qui peut ressembler à une plage, que moi, Marie Frémiot, je commence mon expérience de Chief Happiness Officer chez Modulotech.

J’intègre une start-up qui m’a fait une excellente impression dès le début de mon entretien : les fondateurs, Julien Philibin et Rémi Rocaries sont plein de bienveillance et soucieux du bien-être de leurs salariés. Ils souhaitaient embaucher un profil apte à instaurer un système de management appelé « Holacracy » dans leur start-up âgée de cinq ans. Mes précédentes expériences professionnelles m’ont appris qu’il est très difficile pour un dirigeant de déléguer son pouvoir, mais lors de cette rencontre, j’ai compris que leur start-up avait un potentiel incroyable pour instaurer le système holacratique dont les bases ont été jetées par Brian Robertson au sein de son entreprise de production de logiciels (TernarySoftware) en 2001.

En fait l’holacracy c’est quoi ? C’est un système de management qui consiste à accorder a chacun des responsabilités et un pouvoir de décision dans un domaine qui lui est réservé. Il faut seulement coordonner tous les acteurs vers un même but, celui que l’entreprise s’est fixé. Les dirigeants doivent donc accepter de ne pas valider chaque initiative ou action prise par leurs salariés. Tout cela est rendu possible par une constitution, écrite par ce même Brian depuis sa cuisine, car celle-ci fixe les règles à respecter pour que tout se passe bien.

En théorie, et en pratique, c’est plus compliqué que ça, il y a plein de subtilités, mais cela viendra avec le temps cher lecteur.

Julien et Rémi sont enthousiastes et prêts à se lancer dans l’aventure, et je sais que ma mission va se dérouler dans les meilleures conditions possibles. A moi de jouer maintenant.

Première étape : Cerner les personnages de cette étrange pièce de théâtre.

Pour moi, mettre les pieds dans une start-up de nouvelles technologies, c’est équivalent à la découverte d’une nouvelle civilisation qui ne parle pas ma langue, n’a pas le même mode de vie que moi, ni les mêmes préoccupations. Ni la même planète à vrai dire. Mes expériences professionnelles se sont limitées aux cabinets d’avocats et aux structures culturelles et artistiques (musées, galeries d’art et une triennale d’art). Inutile de préciser que ces milieux n’ont rien à voir avec celui des nouvelles technologies, et que leurs préoccupations sont diamétralement opposées. Je suis d’autant plus reconnaissante à Rémi et Julien de m’avoir accordé ma chance, même si Julien m’a avoué qu’ils avaient bien rigolé en m’écoutant me débattre lorsqu’ils m’ont demandé ce que je connaissais du domaine digital au cours de l’entretien d’embauche. Sans rancune.

En intégrant moduloTech, j’ai l’intuition que mon rôle de Chief Happiness Officer ne va certainement pas ressembler à ce que j’avais imaginé au tout début, c’est à dire proposer des évènements avec une belle déco, des activités d’expression artistique, faire venir coiffeur et barbier, animer des ateliers de détente, initier tout le monde au yoga, au gospel ou mettre tout le monde au cross fit ou à la boxe… Non, non, non, ici ça ne fait rêver personne !

J’ai proposé à chaque collaborateur de me rencontrer lors d’un entretien, et je leur ai posé des questions sur six thèmes : Leur personnalité (pour voir quelle degré de facilité ils auront pour se mettre à l’holacracy), leur bien-être, leur santé relative aux conditions de travail, leur vision du futur dans la boite, l’ambiance et ce qu’ils pensent des locaux et des infrastructures mises à leur disposition.

Je me suis retrouvée assez décontenancée lorsque suite à ma question : « Souhaiterais-tu que nous proposions des sorties telles que des concerts, des conférences, des spectacles, des évènements culturels ou digitaux ? » on me réponde « Non, parcontre j’aimerais bien que tu organises des soirées de jeux en réseau ». Si vous me connaissiez un peu, imaginer la scène et ma tête stupéfaite vous aurait fait rouler de rire.

Autre exemple, à ma question « Selon toi, manges tu sainement ? et voudrais tu manger plus sainement », l’un des collaborateurs, scotché, me répond « Non, je n’ai pas envie de manger sainement ». Je ne me démonte pas et pense l’encourager en lui demandant « alors tu pratiques le sport pour prendre soin de ta santé ? Tu en pratiques ou tu voudrais en pratiquer davantage ? », mon interlocuteur me regarde avec des yeux étonnés et me répond « euh non, je ne veux surtout pas faire de sport, je déteste ça ».

En effet, il n’y a que des gens comme moi, c’est-à-dire accordant une attention démesurée à leur apparence et à leur santé, qui pensent que ça rend heureux de manger des asperges et de se tuer à courir alors qu’on déteste ça. Ma vision du Chief Happiness Officer est vraiment à revoir : suis-je vraiment censée être un messie de la bien-pensance bio/healthy/sportive/glamchic ambiante (et à laquelle j’adhère souvent) ? Et bien non, le but c’est que j’améliore le quotidien de web-développeurs, que je prête attention à leur personnalité et à leurs envies. Et il n’y a pas de standard du bonheur, et le challenge me plait –même si ça ne va pas être facile !

Heureusement pour moi, les entretiens se poursuivent et je comprends que je ne suis pas condamnée à organiser des soirées de jeux en réseau dans une grotte qui sent le macdo. Beaucoup d’entre eux me parlent de leur envie de se mettre à la cuisine, de passer des moments conviviaux en dehors du temps de travail, que ce soit des soirées ou d’autres activités. Certains adorent le sport, d’autres détestent, certains sont plus littéraires ou amateurs d’art, d’autres sont trop passionnés par le digital pour décrocher le soir et le week-end. En fait, chacun est différent, et je suis heureuse de parler avec chacun d’eux.

Ca y est, j’ai plein d’infos sur les gouts, la personnalité et les envies de chacun, et j’ai plein d’idées. Affaire à suivre. Mais la priorité des prochaines semaines ne va pas être accordée au happiness management, mon énergie et mon attention sont appelés ailleurs.

En ce qui concerne l’holacracy, Julien me propose d’organiser un winter camp (rebaptisé peu de temps après « october fest » puisqu’il aura lieu en octobre) au cours duquel nous formerons chaque collaborateur à la méthode et à la conduite des réunions. Nous signerons tous la constitution pour la symbolique et feront de ce moment un événement un peu « officiel » afin que la transition se fasse dans l’esprit de chacun. L’idée me plait et nous nous mettons d’accord sur une mise en place effective du nouveau modèle en novembre, en rentrant de notre « october fest ».

Il est temps de préparer les outils et la méthode de formation la plus facile et la plus efficace possible. Au boulot ma grande.

La suite au prochain épisode…

 

 

Leave a Comment

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href=""> <abbr> <acronym> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Send a Message